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Affichage des articles du mars, 2026

Fantômette : l’héroïne masquée qui a marqué des générations.

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Dés mon plus jeune âge, j'ai aimé lire. A l'époque, il y avait peu de publication pour la jeunesse. Il fallait faire son choix entre la bibliothèque rose, la bibliothèque verte et deux ou trois autres collections. Mes premières amours furent pour les romans de la rose et parmi eux, je suis rapidement tombé amoureux de Fantômette. Alors, aujourd'hui, je lui rend hommage ainsi qu'à son créateur. Lorsque Georges Chaulet publie Les Exploits de Fantômette en 1961, il ne se doute sans doute pas qu’il vient de créer l’une des figures les plus singulières et les plus durables de la littérature jeunesse francophone. À une époque où les héroïnes d’action sont rares, Fantômette surgit comme une apparition vive, intrépide, presque insolente dans sa liberté. Elle n’a ni superpouvoirs ni gadgets futuristes : seulement un masque noir, une cape jaune, une intelligence affûtée et une volonté de fer. Et cela suffit à en faire une icône. Une héroïne en avance sur son temps Fantômette, c’e...

Larry McMurtry : arpenteur mélancolique des terres intérieures.

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Il existe des écrivains dont l’œuvre semble avancer à pas feutrés, sans éclat tapageur, mais dont la présence finit par s’imposer comme une évidence. Larry McMurtry appartient à cette lignée discrète et essentielle. Né en 1936 dans la poussière d’Archer City, au Texas, il a grandi dans un monde de ranchs, de bêtes et d’horizons plats, un monde que la littérature américaine a longtemps transformé en décor héroïque. Lui choisira d’en faire un territoire intime, traversé de silences, de désirs contrariés et de rêves qui s’effritent au soleil. Dès Horseman, Pass By (1961), traduit en français sous le titre Du vent dans les saules , McMurtry s’attache à raconter la fin d’un âge pastoral. Le roman, adapté au cinéma sous le nom de Hud, porte déjà sa marque : une attention aiguë aux gestes ordinaires, une manière de laisser affleurer la fragilité sous la rudesse. Mais c’est avec The Last Picture Show (La Dernière séance, 1966) qu’il impose véritablement sa voix. Dans cette chronique d’une pe...

Les Echos : les fantômes de l’histoire australienne.

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Max n’a jamais cru à la vie après la mort. Pourtant, lorsqu’il décède brutalement, il se retrouve prisonnier de l’appartement londonien qu’il partageait avec Hannah, sa compagne. Sous forme de présence fantomatique, incapable de se manifester, il observe Hannah continuer tant bien que mal à vivre après sa disparition. Cette existence suspendue, faite d’impuissance et de silence, l’oblige à reconsidérer leur relation : que savait-il réellement de la femme qu’il aimait ? Pourquoi certains de ses comportements, dans les mois précédant sa mort, lui paraissaient-ils si étranges ? Hannah, Australienne installée à Londres, tente de composer avec le deuil tout en portant un passé qu’elle a toujours refusé d’affronter. Max, désormais spectateur invisible, découvre peu à peu l’ampleur de ce qu’elle lui cachait : une enfance marquée par un lieu sinistre, une ancienne école de « redressement » pour enfants aborigènes, appelée Les Échos. Située dans une zone rurale isolée d’Australie, cette institu...

Pilote automatique : livraisons, parkings et rêves en veille.

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Oscar, vingt-cinq ans, vit dans une banlieue française sans éclat, où les zones commerciales se ressemblent toutes et où les journées semblent interchangeables. Il travaille comme livreur d’électroménager pour une grande enseigne : un emploi qu’il n’a pas vraiment choisi, mais qui lui permet de tenir debout, de payer quelques sorties et de maintenir l’illusion d’un quotidien structuré. Chaque matin, il retrouve Kamel, son collègue, danseur passionné et rêveur lucide, avec qui il partage les trajets en camion, la musique trop forte et les cafés avalés à la hâte. Ensemble, ils sillonnent les périphéries, livrent des machines à des clients tantôt aimables, tantôt méprisants, et tuent le temps en commentaires complices. Oscar avance ainsi, en pilote automatique, sans véritable projet, sans élan, sans colère même. Il observe sa vie comme à travers une vitre : les soirées avec ses amis Toutac et Sanders, potes d’enfance un peu à la dérive ; les discussions interminables où l’on refait le mon...

Hubert Selby Jr. : l’écrivain qui a donné une voix aux abîmes.

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Il y a chez Hubert Selby Jr. une manière d’écrire comme on respire après avoir manqué d’air trop longtemps : avec urgence, avec gratitude, avec cette fébrilité de ceux qui savent que chaque seconde compte. Lire Selby, c’est entrer dans une langue qui ne cherche pas à séduire mais à dire, à dire coûte que coûte, comme si la vérité risquait de s’effondrer si elle n’était pas couchée sur la page dans l’instant même où elle surgit. Peu d’auteurs ont su, comme lui, faire de la littérature un acte de survie. Selby naît en 1928 à Brooklyn, dans un quartier où les rues portent déjà les cicatrices de l’Amérique industrielle. À quinze ans, il embarque sur un navire de la marine marchande, croyant fuir l’horizon étroit de son enfance. Mais la tuberculose le rattrape, le terrasse, le cloue au lit. Les médecins lui annoncent qu’il ne vivra pas. Il vivra pourtant, mais diminué, amputé, hanté par la douleur et la dépendance. C’est dans cette immobilité forcée, dans cette chambre où le temps se dilate...

14 juillet : Mitterrand et la guerre des polices.

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Troisième et dernier volet de la trilogie noire de Benjamin Dierstein, 14 juillet plonge le lecteur dans la France des années 1982‑1984, au cœur des premières années de la présidence Mitterrand. Le pays est secoué par une vague d’attentats orchestrés par Carlos et les services syriens, qui frappent le territoire avec une régularité glaçante. Face à cette menace, l’Élysée met en place une cellule antiterroriste réunissant des membres du GIGN, de la PJ et des Renseignements généraux. C’est dans ce contexte explosif que s’entrecroisent les trajectoires des personnages centraux de la trilogie. Jacquie Lienard, inspectrice ambitieuse, voit dans cette cellule une opportunité unique : gravir les échelons, se rapprocher du pouvoir et s’imposer dans un univers dominé par les hommes. Sa détermination, parfois teintée de cynisme, la pousse à naviguer entre fidélités fragiles, manipulations politiques et luttes d’influence. Elle devient l’un des pivots de la lutte contre les groupuscules pro‑pale...

Leslie Charteris : l’homme qui inventa Le Saint.

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Lorsque l’on évoque les grandes figures du roman populaire du XXᵉ siècle, un nom revient avec une aura singulière : Leslie Charteris. Né Leslie Charles Bowyer-Yin le 12 mai 1907 à Singapour, d’un père chinois revendiquant une ascendance remontant à la dynastie Shang et d’une mère galloise, il incarne à lui seul un cosmopolitisme rare pour son époque. Cette double culture, alliée à une jeunesse vagabonde et mouvementée, nourrit très tôt son imaginaire. À onze ans, il est envoyé en Angleterre pour y recevoir une éducation rigoureuse, mais c’est ailleurs que se trouve sa véritable vocation : l’écriture. Un écrivain façonné par l’aventure Avant de devenir romancier à plein temps, Charteris mène une existence bigarrée. Il étudie un temps au King’s College de Cambridge, qu’il quitte rapidement pour se consacrer à la littérature. Pour survivre, il enchaîne les métiers : mineur d’or, barman, joueur de bridge professionnel, policier temporaire. Cette succession d’expériences, parfois rudes, par...

Le livre de Kells : la poignante traversée des ténèbres de Sorj Chalandon.

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Dans Le Livre de Kells , Sorj Chalandon revient sur l’un des épisodes les plus sombres et fondateurs de sa jeunesse, en livrant un récit à la fois romanesque et profondément autobiographique. Le roman suit le double fictionnel de l’auteur, un adolescent de seize ans qui, en mars 1970, fuit un foyer devenu irrespirable. Son père, violent, raciste, imprévisible, règne sur la maison comme un tyran domestique. Sa mère, écrasée, soumise, incapable de protéger son fils, incarne une présence aimante mais impuissante. Pour l'ado, rester serait se perdre ; partir devient une nécessité vitale. Il quitte Lyon de nuit, avec un sac dérisoire : quelques vêtements, une attestation d’émancipation signée par ce père qu’il appelle « l’Autre », avec un sac contenant quelques bricoles et un billet de 100 francs à l'effigie de Corneille. Il se choisit un nom de guerre : Kells , comme pour se réinventer, se détacher de l’enfant meurtri qu’il laisse derrière lui. Commence alors une errance rude, pa...

L'Etendard sanglant est levé : entre attentats et alternance politique.

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L’Étendard sanglant est levé , deuxième volume de la trilogie entamée avec Bleus, Blancs, Rouges , plonge le lecteur dans une France de janvier 1980, épuisée par la crise économique et traversée par une montée de violences politiques. Alors que la présidence Giscard touche à sa fin et que l’ombre de Mitterrand s’étend sur l’horizon électoral, les services de police, de renseignement et les réseaux parallèles s’agitent dans un climat de suspicion généralisée.  Au cœur du roman, le brigadier Jean‑Louis Gourvennec poursuit une mission d’infiltration auprès d’Action directe, organisation révolutionnaire clandestine dont les ramifications inquiètent jusqu’au ministère de l’Intérieur. Son objectif : approcher un mystérieux marchand d’armes surnommé Geronimo, formé par les services libyens et soupçonné d’alimenter la violence terroriste sur le territoire français. Gourvennec évolue dans un univers où chaque contact peut être un piège, où la loyauté se négocie et où l’idéologie sert souven...

Le Testament du diable : explosion familiale imminente.

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Le 14 août 1990, François Lebel, figure respectée de la petite ville où il dirige le journal local, meurt brutalement en pleine séance de rameur. Veuf depuis plusieurs années, père de quatre enfants — William, John, Chantal et Marie‑France — il laisse derrière lui l’image d’un homme droit, exigeant, parfois dur, mais profondément attaché à sa famille. Sa disparition, d’abord vécue comme un drame intime, devient rapidement le point de départ d’une déflagration familiale dont personne ne sortira indemne. Les enfants Lebel, encore sous le choc, se réunissent pour régler les formalités de la succession. Ils sont soulagés de constater qu’aucun testament n’a été retrouvé : la répartition de l’héritage devrait suivre la loi, sans surprise ni conflit. Chacun, avec ses fragilités et ses ambitions, se prépare à tourner la page. Mais l’équilibre apparent se fissure lorsqu’une jeune femme surgit dans le paysage : Fanny, la dernière compagne de François, que la famille connaissait à peine. Fanny di...

A la chaîne : des poulets et des hommes.

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Dans la petite ville de Springdale, Arkansas , au cœur d’une Amérique rurale fracturée, Gabriela et Edwin, un couple d’immigrés mexicains, travaillent depuis sept ans dans une usine de conditionnement de poulets . Leur quotidien est rythmé par les cadences infernales, les odeurs de sang et de détergent, le s gestes mécaniques répétés jusqu’à l’épuisement. Ils vivent dans un parc de caravanes , économisant chaque dollar dans l’espoir d’un avenir meilleur, loin de la misère et de l’exploitation. Malgré la dureté de leur vie, ils forment un couple soudé. Face à eux, dans un autre monde social, se trouvent Luke Jackson , directeur de l’usine, et sa femme Mimi . Luke est l’archétype de l’homme blanc sûr de lui, persuadé d’avoir gagné sa position par son seul mérite. Il règne sur l’usine avec une autorité brutale, convaincu que la peur est le meilleur moyen de maintenir la productivité. Mimi, quant à elle, incarne une forme de fragilité silencieuse : femme au foyer isolée, elle observe sans ...

Bleus, blancs, rouges : chronique des années de plomb.

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Printemps 1978. La France vit une période de tension extrême : vagues d’attentats, groupuscules armés, règlements de comptes, montée des radicalités politiques et expansion du grand banditisme. Dans ce climat crépusculaire, Benjamin Dierstein tisse un vaste roman noir où se croisent quatre trajectoires prises dans les secousses de l’histoire, de la Françafrique aux prémices d’Action directe. Deux jeunes inspecteurs fraîchement sortis de l’école de police, Marco Paolini et Jacquie Lienard , sont propulsés dans une affaire qui les dépasse. Tout les oppose — origines, tempérament, méthodes — mais ils doivent collaborer pour retrouver un trafiquant d’armes redouté, surnommé Geronimo , formé par les Cubains et les Libyens. Leur enquête les plonge dans les arcanes d’un terrorisme internationalisé, où se mêlent idéologies révolutionnaires, réseaux clandestins et manipulations d’État. À travers eux, Dierstein montre une police encore marquée par Mai 68, déchirée entre modernisation et vieille...

Hystérie collective : dystopie satirique ou anticipation d'une réalité à venir ?

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Dans une Amérique alternative du début des années 2010, Lionel Shriver imagine une société gagnée par une idéologie radicale : la Parité mentale . Ce mouvement, devenu hégémonique, impose l’idée que tous les individus possèdent exactement la même intelligence . Toute reconnaissance d’une hiérarchie intellectuelle est désormais considérée comme discriminatoire. Les mots tels que stupide , idiot , brillant ou doué sont bannis, et l’usage même de ces termes peut entraîner des sanctions. Dans ce climat de nivellement forcé, Pearson , professeure d’université, observe avec consternation l’effondrement progressif du système éducatif. Les tests, notes, examens, devoirs et même les entretiens d’embauche ont été supprimés, car ils impliqueraient une comparaison entre individus. Les étudiants, privés de toute exigence, régressent intellectuellement, tandis que les enseignants sont sommés de feindre l’égalité absolue. Pearson, attachée à la rigueur académique, se retrouve marginalisée et surv...

Famous : un roman court, nerveux et volontairement inconfortable.

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À trente-huit ans, Lancelot Blue Dunkquist mène une existence terne. Sans ambition réelle, il vit encore chez ses parents pour économiser son maigre salaire et peine à trouver un sens à sa vie. Pourtant, il possède un atout singulier : il est le sosie parfait de James Jansen , acteur oscarisé et icône hollywoodienne. Depuis des années, Lancelot observe obsessionnellement la star : ses films, ses interviews, sa gestuelle, sa voix, jusqu’à ses tics les plus subtils. Cette ressemblance, qui pourrait n’être qu’une curiosité amusante, devient peu à peu une échappatoire mentale à sa propre médiocrité. Lorsque Lancelot perd brutalement son emploi, son fragile équilibre se fissure. Convaincu qu’il n’a plus rien à perdre, il décide de franchir une limite qu’il n’avait jusque-là qu’imaginée : il va devenir James Jansen . Non pas l’imiter pour le plaisir, mais littéralement prendre sa place, s’approprier son identité, ses privilèges, son éclat. Il se lance alors dans une transformation totale, p...

Chimère : un récit comme trompe‑l’œil

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Chimère repose sur un dispositif polyphonique : cinq femmes racontent, vingt ans après les faits, la mort d’Osmond à Rome. Chacune livre sa version, partielle, subjective, parfois contradictoire. Le roman ne cherche pas à reconstituer une vérité unique, mais à montrer comment un événement se fragmente en récits concurrents. La structure même du livre matérialise cette impossibilité de saisir le réel autrement que par des points de vue différents. Le lecteur devient enquêteur malgré lui, condamné à naviguer entre zones d’ombre et demi‑aveux. Osmond, mort dès l’ouverture, n’existe que dans les souvenirs des narratrices. Séducteur toxique, manipulateur, il exerce sur chacune une forme d’emprise différente : domination conjugale pour Isabelle, fascination ambiguë pour Serena, rivalité familiale pour Amelia, agacement teinté d’ironie pour Henriette. L’homme devient une figure composite, une « chimère » au sens propre : un être fait de projections, de fantasmes, de rancœurs. Ce n’est pas tan...