Bleus, blancs, rouges : chronique des années de plomb.
Deux jeunes inspecteurs fraîchement sortis de l’école de police, Marco Paolini et Jacquie Lienard, sont propulsés dans une affaire qui les dépasse. Tout les oppose — origines, tempérament, méthodes — mais ils doivent collaborer pour retrouver un trafiquant d’armes redouté, surnommé Geronimo, formé par les Cubains et les Libyens. Leur enquête les plonge dans les arcanes d’un terrorisme internationalisé, où se mêlent idéologies révolutionnaires, réseaux clandestins et manipulations d’État. À travers eux, Dierstein montre une police encore marquée par Mai 68, déchirée entre modernisation et vieilles rancœurs, et souvent dépassée par l’ampleur des menaces.
Parallèlement, le brigadier Jean‑Louis Gourvennec, traumatisé par la mort d’un collègue lors des événements de 1968, poursuit sa propre quête. Rongé par la culpabilité, il accepte d’infiltrer un groupe gauchiste proche d’Action directe. Cette immersion dans la clandestinité le confronte à une jeunesse radicalisée, persuadée que seule la lutte armée peut renverser un système jugé corrompu. Gourvennec, figure tragique, oscille entre devoir, fascination et vertige moral, tandis que la frontière entre infiltration et adhésion se brouille dangereusement.
Le roman s’élargit encore avec le retour en France de Robert Vauthier, mercenaire revenu d’années d’exil en Afrique. Habitué aux coups tordus de la Françafrique, il entend désormais régner sur la nuit parisienne avec l’appui des frères Zemour, figures du milieu spécialisées dans le racket et la prostitution. Vauthier apporte au récit une dimension crépusculaire : celle d’un homme façonné par les guerres sales, naviguant entre loyautés fluctuantes, ambitions personnelles et violence brute. Sa trajectoire croise inévitablement celle de Geronimo, révélant les liens troubles entre banditisme, réseaux politiques et opérations parallèles menées au nom de la raison d’État.
À travers ces quatre destins, Dierstein recompose une France des années de plomb, où tout semble vaciller : l’autorité politique, minée par les scandales et les luttes d’influence ; les services de sécurité, débordés par la multiplication des menaces ; les idéologies, qui se radicalisent dans un climat de désillusion ; et la société elle‑même, secouée par les attentats, les assassinats retentissants et l’ascension de figures criminelles devenues mythiques. Le roman convoque ainsi des silhouettes emblématiques de l’époque (Mesrine, les réseaux d’Action directe, les barons du milieu marseillais, Giscard, Bokassa...) pour mieux ancrer la fiction dans une réalité historique dense et documentée.
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