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De Justo García à la ligne de feu : lire la guerre civile espagnole

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Il y a des sujets historiques que l’on croit connaître avant même de les avoir véritablement rencontrés. La guerre civile espagnole est de ceux-là. On en connaît les dates, 1936-1939, quelques noms  (Franco, la République, Guernica, les Brigades internationales), quelques photographies devenues des icônes, quelques œuvres dont la mémoire a largement dépassé les frontières de l’Espagne. On sait qu’elle fut l’un des grands affrontements idéologiques du XXe siècle, le prélude tragique à la Seconde Guerre mondiale. Et pourtant, savoir n’est pas nécessairement comprendre. Pour ma part, c’est un roman qui m’a véritablement ouvert les portes de cette histoire : Les Cahiers de Justo García , d’Andrés Trapiello. Un livre découvert sur les conseils du libraire avec lequel je travaillais à l'époque et qui possède cette qualité rare des romans qui déplacent le regard. Après l’avoir refermé, la guerre civile espagnole n’était plus seulement un événement historique. Elle était devenue une multit...

Parle-moi de chez nous : quand le pays perdu devient une histoire de famille

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Il y a des romans qui racontent l’exil. Et puis il y a ceux qui racontent quelque chose de plus difficile encore : le moment où l’exil finit par entrer dans les générations suivantes, lorsqu’il ne reste plus seulement un pays quitté, mais une langue oubliée, des habitudes abandonnées, des souvenirs transformés, des blessures transmises sans toujours être nommées. Avec Parle-moi de chez nous , Jeanine Cummins s’empare de cette question avec une ampleur de saga familiale. Son roman traverse plusieurs décennies et plusieurs territoires pour suivre trois générations de femmes portoricaines, Rafaela, Ruth et Daisy, dont les rapports à leurs origines ne cessent de se répondre, de s’opposer et de se contredire. Mais le véritable sujet du roman est peut-être contenu dans son titre. Que signifie "chez nous" lorsque l’on appartient à plusieurs endroits et que l’on n’est plus tout à fait chez soi nulle part ? Jeanine Cummins, l’écriture de l’entre-deux Jeanine Cummins n’est pas une inco...

John, fils de John : le retour au pays comme déflagration intime

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A vec John, fils de John , Douglas Stuart poursuit l’exploration des identités masculines meurtries, des familles fracturées et des communautés refermées sur leurs certitudes. Après Shuggie Bain et Young Mungo , l’auteur écossais-américain revient avec un roman ample, situé dans les paysages rudes de l’île de Harris, dans les Hébrides, où la beauté des landes se mêle à la dureté des existences. Publié en 2026 et salué par la critique internationale, le livre s’impose comme une nouvelle pièce maîtresse dans l’œuvre de Stuart. Un retour forcé dans un monde figé Le roman s’ouvre sur le retour de Cal — John-Calum MacLeod — un jeune diplômé d’école d’art qui, après quatre années à Édimbourg, est rappelé par son père sur l’île de Harris. Officiellement, il s’agit de veiller sur la grand-mère Ella, prétendument affaiblie. En réalité, ce rappel est un ordre : John exige que son fils reprenne la vie qu’il a abandonnée, faite d’élevage de moutons, de métier à tisser et de respect strict des règ...

Bret Easton Ellis : chroniqueur des dérives américaines

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Depuis plus de quarante ans, Bret Easton Ellis occupe une place singulière dans le paysage littéraire américain. Auteur controversé, figure médiatique parfois déroutante, il s’est imposé comme l’un des observateurs les plus lucides - et les plus impitoyables - des transformations culturelles des États-Unis. À travers ses romans, Ellis documente les fractures d’une société obsédée par l’apparence, la consommation et la performance. Trois ouvrages permettent de saisir l’ampleur de cette trajectoire : Moins que zéro , American Psycho et Les Éclats . Moins que zéro : la jeunesse désenchantée des années 1980 Publié en 1985, Moins que zéro marque l’entrée fracassante d’Ellis en littérature. Le roman, écrit alors qu’il n’a que vingt et un ans, décrit le quotidien d’une jeunesse privilégiée de Los Angeles, livrée à l’ennui, aux drogues et à une forme d’indifférence généralisée. Le récit suit Clay, étudiant revenu en Californie pour les vacances, qui retrouve un milieu où les fêtes se succède...

Je : quand la "folle du grenier" reprend enfin la parole

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Il y a des personnages secondaires qui finissent par devenir plus célèbres que les héros auxquels ils étaient pourtant destinés à servir de faire-valoir. Bertha Mason est de ceux-là. Dans Jane Eyre , le chef-d’œuvre de Charlotte Brontë, elle n’apparaît presque jamais directement. Elle hurle, elle rôde, elle inquiète. Elle est enfermée dans un grenier de Thornfield Hall et devient peu à peu une présence monstrueuse, presque irréelle. Elle est surtout « la folle ». Mais qui était-elle avant de devenir folle ? Qui était la femme derrière le monstre ? Et surtout, qui aurait-elle été si quelqu’un lui avait laissé la possibilité de raconter sa propre histoire ? C’est cette question que Lilia Hassaine attaque de front dans Je . Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne choisit pas la facilité. S’attaquer à Jane Eyre , c’est s’aventurer sur un terrain miné : le roman de Charlotte Brontë est un monument, un texte que plusieurs générations de lecteurs ont aimé, commenté, analysé et réin...

Etranger à la dérive : un roman de dérive, de violence et de conscience

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Il y a chez James Lee Burke une manière singulière de regarder l’Amérique : non pas comme un territoire, mais comme une blessure qui ne cesse de se rouvrir. Depuis plus de quarante ans, l’écrivain texan compose une œuvre où les paysages portent la mémoire des hommes, où les routes poussiéreuses, les bayous saturés de chaleur et les montagnes bleutées deviennent les témoins muets des fautes, des violences et des élans de grâce qui façonnent une nation. Burke écrit comme on se souvient : avec lenteur, avec ferveur, avec cette mélancolie qui n’appartient qu’aux survivants. Parmi les constellations de personnages qui peuplent ses romans, la famille Holland occupe une place presque mythologique. Les Holland traversent les époques comme une lignée de guetteurs : shérifs, soldats, hommes de loi, figures morales parfois vacillantes, mais toujours habitées par une conscience aiguë du bien et du mal. Ils portent en eux les cicatrices de l’histoire américaine — guerres, ségrégation, corruption,...

Une affaire de famille : quand le secret devient une affaire de survie

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Il suffit parfois d’un accident pour faire basculer une vie. Et, chez William Boyle, il suffit surtout d’un quartier pour transformer cet accident en destin. Avec Une affaire de famille , publié en France par Gallmeister le 1er juillet 2026, l’écrivain américain revient à ce qu’il connaît le mieux : les existences cabossées, les solidarités improbables, les petits arrangements avec la morale et ce Brooklyn populaire où les personnages semblent toujours à quelques rues du désastre. Cette fois, pourtant, Boyle déplace légèrement le centre de gravité de son roman noir. Il ne s’agit pas seulement de raconter un crime, mais ce qui vient après. Le moment où le corps a disparu, où il faut continuer à vivre, aller travailler, s’occuper d’un enfant, croiser les voisins et faire comme si rien ne s’était passé. Le véritable suspense naît alors d’une question presque banale : combien de temps peut-on vivre avec un secret ? Un accident, deux sœurs et un cadavre Risa est une jeune mère de Brooklyn. ...